Le luxe du hasard

26 Avril 2015 :

Nous avons rendez-vous avec les autres enseignants à 9h pour le kahvalti (LE truc à ne pas louper en Turquie) et c’est sous un soleil réconfortant que je découvre les paysages que je n’avais pas pu voir la nuit dernière. Montagnes et neige nous entourent.

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La cuisinière n’arrête pas de déposer de la nourriture sur notre table, et je me jette sur les gözleme au fromage et à la pomme de terre !

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Puis vient le temps de dire au revoir. Je rejoins la sortie du village à pied, où les jandarma me disent qu’il est dangereux de marcher par ici, surtout pour une fille seule. Je leur explique que ce n’est pas la première fois que je fais ça et leur montre mon couteau, et sont estomaqués par ma bravoure et mon turc.

C’est cinq minutes plus tard que ma première voiture turque s’arrête et la conversation se fait au fil des kilomètres.
J'enchaine sur une petite rando, en accompagnant un groupe d'enfant à cheval.

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Puis une seconde voiture, puis de la marche, puis une troisième avec un couple qui me dépose près de Kars, au carrefour de la route pour Ani, un site de ruines arméniennes et turques entre autres.
J’en couvre une bonne partie de cette route à pied, puis une famille m’installe à côté d’une caisse de poulets morts…suivie d’une autre qui a prévu de changer ses vitres.

Les murailles du fameux site sont devant moi. Je m’acquitte des droits d’entrée et commence ma promenade parmi les cailloux. Capitale arménienne de l'an mille, aussi appelé la cité aux mille et une églises, elle a été conquise tant par les ottomans, que par les seldjoukides, les kurdes, les mongols et les géorgiens...il ne reste que quelques unes d'entre elles, dont certaines sont en reconstruction.

L'église Saint-Grégoire d'Abougrament, la cathédrale d'Ani et sa vue sur la frontière arménienne, la mosquée Menüçher, ou encore l'église Saint-Grégoire de Gagkashen, sont parmi les vestiges de toutes les civilisations qui se sont succédées ici.

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Les paysages sont magnifiques, et je profite du peu de monde pour me ressourcer…mais le peu de monde veut aussi dire peu de voiture pour le retour et la route s’arrête ici.

Je remarque que tous les autres touristes s’apprêtent à quitter les lieux. Je me dirige aussi vers la sortie et commence à marcher.
La première voiture qui s’arrête est un 4x4 rutilant dont le chauffeur parle un très bon anglais. Je lui explique mon objectif, atteindre Hasankeyf le lendemain soir, donc de me diriger vers Van Göl pour aujourd’hui (que j’avais découvert l’année dernière ici).
Nous reprenons la route de Kars et continuons avec dans l’idée de me déposer à un carrefour important pour rejoindre l’ancienne mer d’Arménie. Sur la route, ils décident de faire une pause pour manger, forcément il est 16h…et je me retrouve devant un camion transformé en restaurant. Mes hôtes m’avaient parlé d’un restaurant cinq étoiles, et je suis plutôt dubitative.

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L’intérieur s’avère être très chaleureux, les murs sont recouverts de planches des pins de la forêt alentour, avec des petites bougies au gaz. La plus grande inquiétude que j’avais était celle de l’odeur…je n’avais aucune envie de sentir le poisson pour les deux jours à venir…et bien non, ça ne sent que le pain chaud et les épices. On dépose devant nous une boisson rouge, appelée salgam suyu (en gros du jus de betterave salé), puis l’assiette de salade à partager et enfin chacun notre poisson. Il est fondant, je l’engloutis en une minute.

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On reprend la route et mes trois compagnons de voyage insistent pour m’accueillir chez eux cette nuit. Sauf que c’est à Erzurum…donc pas vraiment sur ma route…voir pas du tout.

Dans le fond, ma vie est à l’image de cette proposition : je n’ai pas de plan, il y a juste des choses que j’aimerais faire, mais sans jamais me fermer à ce qui se passe. Autant vivre ce qui EST plutôt que de toujours viser un PEUT ETRE.  Alors j’ai dit oui curieuse de voir ce qu’il allait advenir.

Nous parcourons donc les 200 km qui nous séparent d’Erzurum, dans un silence quasi religieux pour ma part, les paysages étant magnifiques. Et puis nous arrivons aux portes de cette ville où j’ai déjà dormi l’été dernier…coincée entre deux sièges en plastique dans l’otogar ;).

Et puis nous prenons une rue qui monte vers les stations de ski, et je commence à m’inquiéter un peu en voyant la tête de l’hôtel devant lequel nous nous garons…le Renaissance Polat d'Erzurum. Mon coeur frôle la crise cardiaque quand je vois la pancarte indiquant "Groupe Mariott"...

Je sais d’avance que je n’ai pas les moyens de m’offrir ne serait-ce qu’un tour au toilettes ici, et ma tenue est juste totalement inappropriée…

Je n’ose même pas franchir le sas de sécurité à  l’entrée. J’interpelle mon chauffeur en chef et lui explique mon « souci ». Il me sort une fois de plus le terme magique : misafir…mais je me sens assez mal d’être invitée ici. On me donne pourtant un pass, avec un numéro de chambre, au sixième étage.
Je prends l’ascenseur, mon nez collé sur le verre pour admirer la vue sur la ville et accède à mon nid plus que douillet : deux grands lits moelleux, de la moquette, une vue exceptionnelle sur la montagne enneigée et une salle de bain dont je n’osais pas rêver. Un bon bain chaud après les frontières gelées que j’ai traversé ne me fait pas de mal…bien au contraire !

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Et c’est sur le sauna que j’enchaine…ne résistant pas à la proposition de la masseuse de s’occuper de mes orteils !

Je rejoins Nilufer, Ergun et Namil dans la salle à manger…ou je manque de peu la crise d’hyperglycémie en voyant le buffet qui nous attend ! Je dévore. Tout. Des entrées, des plats chauds de toutes les régions de la Turquie, du fromage des fruits et oh mon dieu ! Ce gâteau au chocolat !!!

Nous terminons la soirée dans les canapés moelleux de l’entrée de la discothèque, à siroter thé sur thé.

Mais le confort et le cocooning de mes deux lits XXL m’appellent, et c’est la peau du ventre bien tendue et le sourire aux lèvres que je me glisse sous les couvertures douces et que mon corps fusionne avec le matelas, tandis que la neige tombe sur le sommet en face de nous.

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