Esclavagisme et Evasion de nuit!

Jour 53 : 09 Juillet

Arrivée à la Ger d'été, je comprends pourquoi on m'a offert l'aérosol pour les moustiques...ceux-ci sont regroupés en plusieurs escadrons avec pour unique but : la destruction de tout être humain osant les défier sur leur territoire!
Pourparlers difficiles, j'ai peur qu'ils ne m'entendent pas à travers le duvet, ultime rempart contre leurs raids répétés.

Le réveil sonne donc à 3h30 sur mes yeux grands ouverts.
Pas le temps de réflechir, j'enfile tous les vêtements possibles pour ne laisser dépasser aucun bout de peau, et je suis Minjee et sa fille en direction de l'enclos des veaux.

2016 07 09 11 21 53 951

Leur objectif : traire les vaches.
Le mien, amener le bon veau, lui passe la corde aux cornes, et l'éloigner de sa mère après qu'il ait pris suffisement de lait pour lancer la traite.
C'est ce que je ferai, pendant les 5 heures à venir, courant dans les bouses, évitant les sabots, caressant les bébés vaches pour me redonner du peps quand je fatigue et essayant d'avoir un échange culturel avec ma chef et sa fille...échec lamentable, elles ne me donnent que les deux mots pour enlever le veau, et aller en chercher un autre...

Nous rentrons à la ferme où nous arrivons pour la fin du petit-déjeuner, aux alentours de 09h30, et j'arrive à récupérer un petit bout des pancakes de la veille. A peine englouti, j'espère pouvoir profiter de quelques instants de répit, quand le grand maitre nous assigne nos tâches. 
Me voilà bergère pour la journée : je dois partir avec les 200 chèvres et moutons et rejoindre la Ger d'été avec eux. Quelqu'un me rejoindra là bas à 17h00.

J'accuse un peu le coup, la journée de la vieille, la nuit sans sommeil, et la gestion des veaux du matin m'ont déjà mis proche de mes limites, et mes  cicatrices font un peu la gueule. 
Mais je suis consciente de vivre une expérience de folie, donc, j'y vais le coeur plein. Ca me rappelera mon enfance!!

Je passe en cuisine pensant récupérer de la nourriture pour midi, et de l'eau...et à ma grande surprise on m'annonce qu'il n'y a plus rien, que les courses seront faites dans la journée. Mon coeur se vide légèrement. Je remplis quand même ma gourde, file dans mon sac chercher le fond de mon sac de noix, c'est toujours ça, et un autre volontaire me jette une "pompote". Je le remercie en Français, mais il me répond, en anglais : "non ici, on n'a pas le droit de parler nos langues respectives, parle en anglais."

Sur une drôle d'impression, je récupère mon bâton et mon troupeau. La palissade de bois s'ouvre et les bestiaux se deversent dans les paturages. Minjee me montre la direction de la Ger, et me dit que je ne dois pas y aller directement, je dois longer la voie ferrée, en faisant attention à ne pas laisser de bêtes se faire écraser par un train ou la traverser...

Je le sens le challenge là...

2016 07 09 11 20 12 794

Vaillante je m'élance, et après une bonne grosse heure à essayer de les diriger...je baisse les bras. Grand bien m'a pris, je découvre qu'elles se gèrent toutes seules ces petites choses! La balade devient donc plus sympa. On fait des pauses, on papote, on danse même sur du Aretha Franklin, on rigole, et on continue notre route!!

20160709 122110 01

Les heures passent, la réserve de noix à disparu, j'ai faim, et pour courroner le tout, la pluie s'en mèle.
Planquée de temps en temps sous les arbres, nous arrivons à la Ger d'été, où je peux enfin me mettre à l'abri. Je surveille les animaux depuis la porte, et les heures continuent de passer...
16h00
17H00...
18H00, viennent de sonner...je suis affamée, grelottante, et épuisée. Assise par terre, je me sens partir. 
Décidée à ne pas m'effondrée et risquer de perdre mes biquettes, je décide de reconduire les bêtes au ranch en suivant la piste tout droit. Et, croyez-moi, elles marchent au pas!
Je ne croise personne et arrive à 19h45 devant le portail.

2016 07 09 11 22 53 969

Lorsque l'un des volontaires qui jouait au cowboy avec un mouton me voit et approche je lui demande de l'eau. Et un bout de pain. 
Le maitre des lieux, voyant ses chèvres rentrer, se pointe devant moi et me hurle dessus des mots que je ne répèterai pas. 
Je m'en fous. Je suis épuisée. Je lui demande calmement où est mon remplaçant? Il répond qu'il est à Darkhan qu'il revient dans deux heures. Je lui rétorque que je n'ai plus d'eau et rien mangé malgré les 27 kilomètres parcouru et que je n'ai pas l'intention de mourir parce qu'il ne sait pas gérer les plannings de ses volontaires!

Je me dirige vers la maison à fromage, et m'écroule sur mon sac. Vingt minutes de repos avant qu'on vienne chercher deux volontaires pour la nourriture. Même si j'aurais préféré dormir, je profite de la vue sur tous ces garçons torses nus. Français, Irlandais, Américains, Israélien, Iranien. J'aime le voyage pour ça. Le mélange!

20160708 163946

A la recherche d'une douche, je croise Anna, l'espagnole qui m'annonce, les épaules basses, d'oublier la douche. Du coup, je lui demande si ce qui m'est arrivé aujourd'hui arrive souvent. Un coup d'oeil à droite, un coup d'oeil à gauche et elle me souffle un oui, et m'invite à la suivre. Nous trouvons un endroit au calme pour parler.

Elle me raconte leur semaine, à elle et à Willem, son copain, hollandais. Une moyenne de travail de 14 heures par jour, de la nourriture peu variée (ils sont végétariens, du coup ils achetent leur nourriture...), pas d'hygiène, il leur a fallu attendre 7 jours avant d'avoir un jour off (aujourd'hui), ils sont épuisés, et surtout, elle ne tolère plus la façon de s'exprimer de Martin, le fermier.
Je la rejoins assez sur ce point.

En attendant le repas, on apprend à se connaitre, Willem s'étant joint à nous, quand une pluie diluvienne s'abat sur la région et oblige tout le monde à rentrer dans la ferme, et à organiser l'espace pour dîner là. 
Personne ne veut s'asseoir à côté du maitre, mais tout le monde fini par trouver un bout de banc, et le bruit des fouchettes ou cuillères dans les gamelles rempli la pièce.

Peu avant l'arrivée du "dessert", Minjee et Martin annonce qu'ils vont répartir les tâches pour le lendemain. 
Je lève alors la main pour prendre la parole, et leur annonce, qu'au vu de l'état physique dans lequel je suis, et la charge de travail, je connais mes limites et sais que je ne tiendrai pas à ce rythme, aussi, je préfère les quitter demain matin

Que n'avais-je pas dit!

Voilà Marin qui passe du rouge au noir en niveau de colère, et...comme à son habitude les insultes pleuvent
Pour résumer poliment ses propos, je ne suis qu'une fille aux moeurs légères, venue ici pour profiter de son hospitalité et ôter le pain de la bouche de sa famille, et que lui qui a survécu 25 hivers dans ce pays de merde est bien placé pour me le dire : je ne connais rien à la vie, il serait temps que je grandisse.

Ce à quoi je lui réponds : Are your serious??
Et je rigole, un peu sous le choc. Les autres volontaires regardent le plafond quand il en remet une couche.
Et je craque. Je suis patiente, et m'énerve peu...mais là, peu être justement à cause de l'épuisement...je lui réponds.
Que niveau hospitalité et nourriture...vu ce que j'ai eu je vois pas bien qui je gène, et que pour ce qui est de la vie, il est gentil mais il ne me connait pas. Et SURTOUT, que bosser des heures ne me gène pas, mais à une seule condition : le RESPECT.

Là-dessus, il s'en prend aux autres et demandent si d'autres veulent partir, c'est le moment de le dire. Et je vois mon couple hispanico-hollandais lever la main, et Willem, stoique, de dire qu'ils sont épuisés aussi, et qu'il avoue avoir atteint les limites des stupid spanish que Martin envoie à sa compagne quand il n'est pas là, et il annonce qu'eux aussi partiront demain.

Sauf que les mauvaises personnes, ça n'aime pas "perdre". Martin nous "invite" à quitter les lieux dès maintenant. Nous avons beau lui rétorquer que nous avons mérité notre nuit pour le travail fourni, il nous assène son poing sur la table et la réponse dans nos visages : My home, my rules. Vous avez dix minutes où je lâche les chiens.

Je lui place gentiment mon cancer dans la gueule en quittant la table, et, à l'encontre des autres volontaires, je jette la problématique suivante : "économiser pour voyager, avoir un toit et un peu de nourriture contre du travail, je l'entends, mais à quel prix? Le respect d'un humain à un autre doit-il êre absent de l'équation?"
Vous avez deux heures...ou tout une vie.

La chance étant de mon côté, je n'ai pas eu le temps de défaire mon sac..donc, je n'ai rien à ranger et je file aider Anna et Willem. Certains volontaires viennent nous dire au revoir, et nous partons sur la piste, rejoints par Erik, suédois, qui a fini ses quinze jours et nous dit qu'il y a un train à 22h50.
Pas le choix, il va falloir courir sur la piste détrempée par la pluie, alors qu'il fait nuit noire et que le vent se lève violement. Nous arrivons en gare en même temps que le train et nous sautons dedans au moment où les premières gouttes de pluie d'un nouveau déluge s'abat sur nous. 
Enervés, flippés, fatigués, nous n'avons aucune idée de l'endroit où nous allons, aussi quand la vendeuse de billet arrive, Erik, qui va à Oulan Bator se débrouille en deux minutes. 
Quant à nous il faut donner un nom de ville. Je dis Darkhan, la seule que je connaisse sur la route. Le couple aussi. Les trente minutes de voyages passent au fil de la rémémoration de cette soirée. Hallucinante.

Darkhan, une minute d'arrêt, nous sautons en embrassant Erik avec la promesse de se revoir à Oulan Bator et nous pénétrons dans les premières rues tristes et mouillés de cette ville, guidés par la meilleure des applis de voyageurs pour trouver des hôtels. (Maps.me pour les novices!)

La présence de Willem, bien que pas épais, fait quand même du bien vu les groupes d'individus chelous et...alcoolisés que nous croisons. 
25 minutes de marche nous conduisent au quartier des "affaires". Trois hôtels, dont un complet, l'autre hors de nos moyens (WTF!!!), et le dernier avec une seule chambre.
Nos arguments devaient être les bons, ou il a eu pitié de nous et de notre état "chien mouillé". Toujours est-il qu'il a accepté de nous laisser la chambre pour nous trois!
Nous y grimpons péniblement, jettons nos sacs, prenons un ticket pour une douche chaude, et savourons notre liberté saine.

2016 07 10 01 00 03 947

Quand la pression est redescendue, nous nous calons sur notre lit double.
Willem, plus heureux des hommes comme il le dit lui-même, au milieu de nous deux.

 

 

Mongolie autostop volontariat esclavage evasion Orkhon

2 votes. Moyenne 5.00 sur 5.

Commentaires (3)

1. funckybrewster (site web) Sam 11 Fév 2017

Bonjour Tek!
Dans le nord de la Mongolie, entre Darkhan et Suukbaataar ;)

2. Tek Lun 23 Jan 2017

Je n'ai absolument pas compris où tout ça s'était passé ? !

3. Sassot claude Ven 20 Jan 2017

Les voyages forment la jeunesse et lui montrent les différents visages des êtres humains...

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau