1er jour de pampa mongole.

Jour 52 : 08 Juillet

James dort encore quand je quitte son appartement le plus silencieusement possible.
Je rejoins Hannah à son auberge, d'où elle part récupérer une de ses amies  qui vient la rejoindre pour un circuit en Mongolie.

Le chauffeur/guide est là, et elle lui explique que je vais aller avec eux jusqu'à la bifurcation où nos routes se sépareront. Eux pour le centre, moi pour le nord. 
Nous montons tous dans la petite jeep russe, et nous prennons la route de l'aéroport. Nous y récupérons son amie, et continuons à rouler, doucement, très doucement...jusqu'à l'embranchement indiqué par mon GPS.
Des au-revoir planifiés pour dans quinze jours, des conseils d'attention de soi, et me voilà, enfin seule, le pouce en plein échauffement sur le bas côté frais et humide de la route en direction de Sukhbaataar. Le soleil commence à peine à percer au travers de l'épais nuage de pollution qui recouvre 300 jours par an la capitale mongole et fait apparaitre des pancartes d'un autre temps!

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Tout le monde (les bloggeurs, les guides de voyages etc etc) m'avait déconseillé de faire du stop en Mongolie, car IM-PO-SSIBLE.
Comme tu le sais, ce mot n'appartient pas à mon dictionnaire.

Je souris et j'y crois à fond quand la vie me répond : une voiture bien chargée s'arrête, et cette famille sera la première à m'embarquer pour un long voyage. L'un des deux jeunes filles parle quelques mots d'anglais, et nous nous découvrons plus via nos instagrams respectifs.

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Les silences permettent à mon attention de se porter sur ve qui m'entoure : rien.
Des collines verdoyantes, des totems pleins de couleurs, des statues de bouddha par ci, par là, et des chèvres, et des chevaux. Partout.
Un repas avec leurs amis, et ils me déposent au carrefour qui doit me mener vers Orkhon, le village que je dois rejoindre ce soir.

Le temps de me diriger sur la route qui m'intéresse, de marcher quelques mètres et voilà une nouvelle voiture pleine qui m'aborde et me propose de m'emmener au prochain et dernier carrefour. Sauf qu'au fil de la conversation, il ne voit pas du tout quel ranch je dois rejoindre. Je leur donne l'adresse en mongole, et ils m'annoncent à coup de sourires édentés que je ne suis pas du tout au bon endroit. L'Orkhon que je chercher est plus au nord.

Laissée à une station essence, je repars donc en sens inverse, grâce à un petit vieux qui m'amène jusqu'à Darkhan, ville qui ne m'inspire par du tout, et après 6 km en plein soleil, la gorge sèche je vois enfin une voiture miracle qui s'arrête. Le monde est si petit, même au milieu de nulle part, qu'il est ami avec la propriétaire du ranch!
Il me laisse au centre du village et m'indique la route à suivre. Un couple en moto s'arrête et je leur montre la direction conseillée, et leur donne le nom de la personne que je veux rejoindre, afin d'être sure. Ils hochent en coeur de la tête et m'invite à grimper derrière eux.

Dubitative. C'est ce qui me décrit le mieux à ce moment-là. J'ai mon énorme copain le sac sur le dos, 15 kilos à lui tout seul, plus le sac sur ma poitrine, plus mon propre poids...en les regardant, ils doivent faire leurs 90 voir 100 kilos chacun...je ne veux pas faire exploser la moto, je décline l'offre une première fois. Mais ils insistent. Dubitative. Cette fois quand à ma capacité à grimper sur le "porte-bagage". Dans un effort de souplesse (dieu que la chimio m'a rendu raide!) je passe une jambe de l'autre côté et me hisse d'un coup de rein, et les voilà lancés sur une piste boueuse et plus que cabossée. Elle plairait énormément à mes amis qui font du motocross...

D'un coup, le gras de mes fesses ne me semble plus aussi épais!

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Un portail en bois, un énorme "paychxla" à mon tandem motorisé, et j'entre dans le ranch. 
Personne.
J'avance jusqu'à une première maison, des gens dorments sur du carrelage.

 

Je ressors et continue, au bout de quelques minutes, je croise une jeune fille, européenne et lui explique ma présence.

Je suis venue faire du volontariat, travailler 15 jours ici, pour économiser d'une part, et, quoi de mieux qu'un mec qui s'y connait en chevaux quand on est à la recherche d'une licorne. S'il y'en a une quelque part, il est peut-être au courant. Elle me guide vers les propriétaires.

L'accueil est glacial. Pas de bonjour, on me demande ce que je veux, ce que je fais là. Ce à quoi je réponds, "on a encore échangé par mail hier soir...". On me demande combien de temps je reste, et l'homme s'énerve me rétorquant que ce n'est pas assez, il faut rester au minimum un mois pour que ça l'intéresse. Je commence à perdre le peu de patience que j'ai face à son attitude et lui rétorque qu'il m'a dit oui hier, que je ne comprends pas ce qui a changé depuis. Sans répondre, il enchaine en me demandant d'où je viens. De Lyon, en France.

"Oh, another stupid fucking frenchie"....charmant.

Sa femme me dit qu'ils n'ont plus de lit. Je vais donc devoir dormir dans la salle des fromages, avec les garçons qui y sont déjà, et elle espère que j'ai un matelas.
J'ai à peine le temps de poser mon sac entre deux nids d'araignée et de m'habituer à l'odeur du fromage qui sèche aux pieds de mes camarades torse-nu dont je retiens en vitesse les prénoms et origines que  me voilà convoquée pour ma première tâche : la cuisine.

Me voilà accompagnée d'Anna, espagnole ici depuis 6 jours, avec aucune idée de ce que nous devons faire. On nous crie "pancakes mongoles et pâtes".
Dubitatives. C'est ce que nous sommes à ce moment-là. La cuisine se compose d'une ger (ce que nous appelons yourte, mais ce mot n'existe pas en Mongolie) dans laquelle il y a de quoi faire un feu, et une énorme marmite. Et c'est tout. Et il y a 34 bénévoles, et les 4 personnes du ranch...

Nous faisons de notre mieux, mais bien sûr nous sommes en retard, tout le monde à faim, et les regards des travailleurs un peu tendus me couperaient presque l'appétit. Personne ne parle pendant le repas, alors que je suis pleine de question. Je mets ça sur le compte de la fatigue et me dit que je communiquerai plus tard. A la fin du repas, répartition des tâches, et il semble que je sois toute désignée, en temps que dernière arrivée pour accompagner Minjée, la femme du propriétaire à la Summer Ger (la yourte d'été) pour traire les vaches demain matin.

Mon duvet sous le bras, un aérosol antimoustique offert par une des volontaires discrètement, et de l'eau, et nous voilà partis dans la nuit. Nous arrivons à la yourte à 23h45, et nous nous couchons dans le noir complet assez rapidement.

 

 

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Commentaires (1)

1. Sassot Claude Mer 18 Jan 2017

Merci pour ce feuilleton bien intéressant . On attend la suite avec impatience !

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