Blog

A l'origine était la Paix

Jour 55 : Lundi 11 Juillet

Le réveil qui sonne nous annonce une belle journée! 
Un peu obligé! Après les 3 derniers jours, l'équilibre de la vie doit nous offrir notre lot de positif. On le sent, on le renifle.

Tout est rapidement empaqueté, la chambre rangée, le petit déjeuner avalé. 
Tout ça pour nous diriger vers la gare routière à la sortie de la ville en direction d'Oulan Bator, puisque l'internet nous dit qu'il y a des bus qui rejoignent Edrenet, une ville plus à l'ouest, et qu'ils seraient donc susceptibles de nous lâcher au niveau de la route du Monastère d'Amarbayasgalant.

Les trois optimistes que nous sommes arrivons donc toutes dents dehors au guichet de la gare routière, et nous essayons d'expliquer notre souhait à l'agent qui y officie.
L'absence de langue commune pourrait sembler contraignante, mais ce qui l'est finalement plus, c'est de tomber sur quelqu'un qui ne VEUT PAS vous aider. Aucun effort, après avoir reçu un non à plusieurs reprise, la sympathique personne invite la personne dernière nous.

On ne va pas passer la journée à essayer  : on part! 
A pieds.
Et une fois sur la bonne route, nous levons le pouce. Oui, oui, tous les trois!

Les blogueurs et voyageurs m'avaient dit que, seule, je n'y arriverai pas...alors à trois...on peut nous prendre pour des fous, mais...à coeurs vaillants, rien d'impossible.

Et c'est le coeur gonflé que nous voyons la première voiture s'arrêter...avec ses sièges arrières vides! Le temps d'une négo, et nous voila embarqués, à l'aise,  à faire connaissance avec le couple de russes qui nous permet de rejoindre l'embranchement de la piste menant au temple.

20160711 142053 snapseed

Une petite guitoune servant de restaurant se dresse à gauche du carrefour, nous y allons, un groupe de français y étant installé, j'espère secrètement pouvoir parler avec eux afin de voir s'ils vont dans notre direction et s'ils ont de la place...parce qu'à part nous tous...pas un chat!

La déception d'apprendre qu'ils n'ont pas de place est vite remplacée par le dégout gustatif : en effet, on nous a gentimment proposé de prendre un thé, le çay mongol...je cherche depuis 6 mois ce qui peut bien faire qu'on appelle ça du thé : le gras du jus de viande qui colle sur les parois de la tasse a atteint ma rétine au moment où la première gorgée de liquide atteint ma bouche...je n'arrive à identifié que le sel, le lait de yak et le jus...le tout tiédasse...Je m'abstiens lorsqu'on me propose la seconde tasse :).

Plutôt que d'attendre les véhicules qui sont rares et souvent remplis à ras bord, nous décidons de commencer à marcher, on nous a dit environ 10 km...c'est faisable!
Un véhicule finit par s'arrêter, mais il est déjà assez plein, il ne peut en prendre que deux bien serrés. Je dis à Anna et Wilelm d'y aller, malgré les réticences de ce dernier : j'ai une tente, ce qu'il n'a pas, de quoi faire du feu, et j'ai l'habitude.

Je leur fais coucou en les regardant s'éloigner sur la piste, la voiture basse parce que chargée, et me mets à chantonner pour me donner de l'entrain. 
Une voiture est en panne un peu plus loin : le moteur a chauffé, ils ont besoin d'eau pour le radiateur, je leur offre l'eau de ma gourde et repare, n'ayant aucune qualité de mécanicienne.
Je suis agréablement surprise de les voir me rattraper une demie-heure plus tard : ils ont pris le temps de réorganiser les bagages pour que je puisse monter!
C'est ainsi que nous partons pour une heure et demie d'ascensions et de descentes sur les collines environnantes, entre champs de fleurs mutlicolores, steppes et forêt.

Puis, la vallée se découvre et le spectacle est magique : des GERs (yourtes) comme des petites tâches blanches éparpillées de ci de là, entre lesquelles serpentent quelques ruisseaux et rivières, moutons, chevaux, yaks paissant et traversant d'une rive à l'autre, se régalant tranquillement de cette belle herbe verte et grasse, les montagnes qui nous encerclent et loin, là-bas, au fond, on devine les toits du temple d'Amarbayasgalant
Une vraie peinture.

Je retrouve mes deux amis, et les passagers de ma voiture nous indique le camp de ger où ils vont passer la semaine, nous les suivons, seuls étrangers, et la propriétaire nous propose un prix d'amis : nous voilà donc en train de poser nos sacs dans notre tente : lits traditionnels, tonneau en métal pour le chauffage, et les sourires de nos voisins qui viennent à notre rencontre pour nous proposer de goûter à leur alcool de lait de yak fermenté où leur petits khuusuur (prononce rouchour).

20160711 180702 snapseed

Apres les jours difficiles lors de notre passage au ranch maudit et à Darkhan, le calme d'ici nous remplit l'âme.
 

La fin d'après-midi nous entraîne vers les collines environnantes et nous grimpons jusqu'au stupa principal et faisons tourner tous les moulins à prières
Nous continuons notre ascension pour rejoindre le totem de la colline suivante et chacun assis dans son coin, le vent dans les fanions colorés comme musique de fond, nous admirons la vie de la vallée.

20160711 200315 snapseed

20160711 200657 snapseed

Les chevaux s'ébrouent, soulevant la poussière, les troupeaux de yaks ou de moutons guident leurs gardiens jusqu'à l'endroit où ils passeront la nuit, les aigles et autres rapaces tournoient à la recherche de leur apéritif, les rires  des moins jouant au football dans le soleil couchant montent jusqu'à nous, et les couleurs du temple rosissent.
Entourés de montagnes, comme protégés des restes du monde, si l'on me pose la question, je crois que oui, c'est ici, dans cet endroit qu'est née la paix.

Celle de l'intérieur aussi.

20160711 202443 snapseed

La nuit, son obscurité et sa fraicheur viennent de tomber, nous regagnons notre ger pour nous coucher.
L'équilibre s'est fait : les galères des derniers jours valaient mille fois cette journée.

 

Gueule de bois.

Jour 54 : Dimanche 10 Juillet

Le réveil à trois me semble un peu irréel. Il faut le temps à nos esprits de réaliser où nous sommes et surtout pourquoi.
Y'a comme un effet "lendemain de soirée" et gueule de bois. Sauf qu'on a pas bu une goutte de vodka!

C'est la faim qui nous fait quitter notre chambre, et comme promis au tenancier cette nuit, nous prenons nos petit-déjeuners au restaurant de l'hôtel pour le remercier d'avoir accepté la présence de trois vagabonds trempés dans une chambre de deux places...
La musique mongole, qui a tendance à passer en boucle, partout, tout le temps, nous oblige au silence.
Un peu hébétés, un peu désolés. Les derniers jours, le monde nous a montré sa face sombre. Et c'est un coup de massue pour les optimistes que nous sommes.
Nous remontons dans nos pénates, et c'est Anna qui explose la première. La colère nous innonde. Nous revivons la scène d'hier soir en boucle jusqu'à...
Jusqu'à ce que je décide de me battre. Je pense à tous les voyageurs qui pourraient arriver là-bas, jeunes ou non, fragiles, et je refuse de laisser à cet homme la possibilité de refaire du mal à quelqu'un. Ne pouvant me permettre de le faire réellement disparaître, j'envisage simplement de le faire disparaitre des réseaux de volontariats sur internet où il propose de rejoindre leur ranch pour vivre une "expérience hors du commun". Anna et Willem me suivent.

La connexion Wifi nous permet de retrouver d'autres volontaires en colère, à qui nous demandons d'écrire aux sites qui référencent l'Arnaque Ranch. Et nous faisons un rapport, long et détaillé, chacun.

3 heures plus tard, la bataille à creusée ses tranchées dans nos estomacs. Qu'à cela ne tienne, nous sommes dans une ville, nous allons pouvoir manger à notre faim!
Nous voilà tout content d'avoir fait une bonne action et c'est fleur au fusil et sourire aux lèvres que nous nous lançons à l'assault de Darkhan.

En moins de dix minutes, nos sourires ont disparus...

Nous avons tous en tête les sublimes images de la Mongolie qu'on voit dans les documentaires style National Geographic sur Arte : animaux "sauvages", étendues naturelles sublissimes, traditions, coutumes locales, yourtes et Mongoles souriant.
Je découvrirai bientôt que oui, ça existe...

Mais il y a l'autre partie de ce pays, que je pensais naïvement cantonné à Oulan Bator : la vie urbaine
Et celle-là...ne vend pas du rêve

Nous découvrons la ville en plein jour...mais les rayons de soleil n'y peuvent rien : c'est laid.
Architecturalement parlant on a un mélange d'immeuble post-communisme jamais entretenus et de bidonville. 
Mais ça, ça peut être subjectif.
Par contre on rencontre aussi la population. 
Pour bien comprendre la vie en ville en Mongolie, il faut garder en tête que beaucoup des nomades ont voulu se sédentariser pour avoir plus de confort dans une ville moderne. Sauf qu'il n'y a pas de travail
Quand les gens ne travaillent pas ici...ils boivent.
Beaucoup.
Trop.

Et c'est assez perturbées que je déambule dans les rues, au milieu de mes deux compagnons, et que mes yeux ne se posent que sur des ivrognes. Hommes, mais aussi femmes, de 15 à 70 ans. Complètement imbibés.
Nous faisons un détour pour éviter une femme couchées à même la terre boueuse du trottoir qui parle à son mouchoir. 
Nous rebroussons chemin quand un groupe d'hommes tanguant s'approche de nous avec des sourires malveillants.
Nous accélerons le pas quand dans la rue suivante, un homme flottant dans ses vêtements veut nous faire des câlins...alors qu'une tâche humide apparait entre les deux jambes de son jean et descend jusqu'à ses pieds nus...

Ok. Là, c'est est trop. Nous nous cachons dans un restaurant où nous espérons qu'il ne rentrera pas... la faune intérieure ne vaut pas mieux...aussi nous avalons une soupe de riz et rentrons à notre hôtel avec une ration de snack et autres gourmandises : si on matait un film sympa là, pour oublier?

L'après-midi passe ainsi.
A la recherche d'un plan aussi.

Alors que nous nous racontons nos vies avec Anna, me revient en mémoire une vieille dame, à qui j'avais acheté des fruits secs, qui m'a parlé d'un temple dans la région...Je farfouille l'internet pour trouver plus d'information, quand bim!, une image apparait. 
Anna et Willem valide, demain nous irons là-bas en stop tous les trois.

En attendant, on se faufile pour acheter des bières...histoires d'être couleur locale, et parce que l'alcool nous aidera peut-etre à retenir le nom de la prochaine destination : 
Le monastère d'Amarbayasgalant!

(avoue, t'as galéré à le lire ;) )

Fb img 1440322715733

Esclavagisme et Evasion de nuit!

Jour 53 : 09 Juillet

Arrivée à la Ger d'été, je comprends pourquoi on m'a offert l'aérosol pour les moustiques...ceux-ci sont regroupés en plusieurs escadrons avec pour unique but : la destruction de tout être humain osant les défier sur leur territoire!
Pourparlers difficiles, j'ai peur qu'ils ne m'entendent pas à travers le duvet, ultime rempart contre leurs raids répétés.

Le réveil sonne donc à 3h30 sur mes yeux grands ouverts.
Pas le temps de réflechir, j'enfile tous les vêtements possibles pour ne laisser dépasser aucun bout de peau, et je suis Minjee et sa fille en direction de l'enclos des veaux.

2016 07 09 11 21 53 951

Leur objectif : traire les vaches.
Le mien, amener le bon veau, lui passe la corde aux cornes, et l'éloigner de sa mère après qu'il ait pris suffisement de lait pour lancer la traite.
C'est ce que je ferai, pendant les 5 heures à venir, courant dans les bouses, évitant les sabots, caressant les bébés vaches pour me redonner du peps quand je fatigue et essayant d'avoir un échange culturel avec ma chef et sa fille...échec lamentable, elles ne me donnent que les deux mots pour enlever le veau, et aller en chercher un autre...

Nous rentrons à la ferme où nous arrivons pour la fin du petit-déjeuner, aux alentours de 09h30, et j'arrive à récupérer un petit bout des pancakes de la veille. A peine englouti, j'espère pouvoir profiter de quelques instants de répit, quand le grand maitre nous assigne nos tâches. 
Me voilà bergère pour la journée : je dois partir avec les 200 chèvres et moutons et rejoindre la Ger d'été avec eux. Quelqu'un me rejoindra là bas à 17h00.

J'accuse un peu le coup, la journée de la vieille, la nuit sans sommeil, et la gestion des veaux du matin m'ont déjà mis proche de mes limites, et mes  cicatrices font un peu la gueule. 
Mais je suis consciente de vivre une expérience de folie, donc, j'y vais le coeur plein. Ca me rappelera mon enfance!!

Je passe en cuisine pensant récupérer de la nourriture pour midi, et de l'eau...et à ma grande surprise on m'annonce qu'il n'y a plus rien, que les courses seront faites dans la journée. Mon coeur se vide légèrement. Je remplis quand même ma gourde, file dans mon sac chercher le fond de mon sac de noix, c'est toujours ça, et un autre volontaire me jette une "pompote". Je le remercie en Français, mais il me répond, en anglais : "non ici, on n'a pas le droit de parler nos langues respectives, parle en anglais."

Sur une drôle d'impression, je récupère mon bâton et mon troupeau. La palissade de bois s'ouvre et les bestiaux se deversent dans les paturages. Minjee me montre la direction de la Ger, et me dit que je ne dois pas y aller directement, je dois longer la voie ferrée, en faisant attention à ne pas laisser de bêtes se faire écraser par un train ou la traverser...

Je le sens le challenge là...

2016 07 09 11 20 12 794

Vaillante je m'élance, et après une bonne grosse heure à essayer de les diriger...je baisse les bras. Grand bien m'a pris, je découvre qu'elles se gèrent toutes seules ces petites choses! La balade devient donc plus sympa. On fait des pauses, on papote, on danse même sur du Aretha Franklin, on rigole, et on continue notre route!!

20160709 122110 01

Les heures passent, la réserve de noix à disparu, j'ai faim, et pour courroner le tout, la pluie s'en mèle.
Planquée de temps en temps sous les arbres, nous arrivons à la Ger d'été, où je peux enfin me mettre à l'abri. Je surveille les animaux depuis la porte, et les heures continuent de passer...
16h00
17H00...
18H00, viennent de sonner...je suis affamée, grelottante, et épuisée. Assise par terre, je me sens partir. 
Décidée à ne pas m'effondrée et risquer de perdre mes biquettes, je décide de reconduire les bêtes au ranch en suivant la piste tout droit. Et, croyez-moi, elles marchent au pas!
Je ne croise personne et arrive à 19h45 devant le portail.

2016 07 09 11 22 53 969

Lorsque l'un des volontaires qui jouait au cowboy avec un mouton me voit et approche je lui demande de l'eau. Et un bout de pain. 
Le maitre des lieux, voyant ses chèvres rentrer, se pointe devant moi et me hurle dessus des mots que je ne répèterai pas. 
Je m'en fous. Je suis épuisée. Je lui demande calmement où est mon remplaçant? Il répond qu'il est à Darkhan qu'il revient dans deux heures. Je lui rétorque que je n'ai plus d'eau et rien mangé malgré les 27 kilomètres parcouru et que je n'ai pas l'intention de mourir parce qu'il ne sait pas gérer les plannings de ses volontaires!

Je me dirige vers la maison à fromage, et m'écroule sur mon sac. Vingt minutes de repos avant qu'on vienne chercher deux volontaires pour la nourriture. Même si j'aurais préféré dormir, je profite de la vue sur tous ces garçons torses nus. Français, Irlandais, Américains, Israélien, Iranien. J'aime le voyage pour ça. Le mélange!

20160708 163946

A la recherche d'une douche, je croise Anna, l'espagnole qui m'annonce, les épaules basses, d'oublier la douche. Du coup, je lui demande si ce qui m'est arrivé aujourd'hui arrive souvent. Un coup d'oeil à droite, un coup d'oeil à gauche et elle me souffle un oui, et m'invite à la suivre. Nous trouvons un endroit au calme pour parler.

Elle me raconte leur semaine, à elle et à Willem, son copain, hollandais. Une moyenne de travail de 14 heures par jour, de la nourriture peu variée (ils sont végétariens, du coup ils achetent leur nourriture...), pas d'hygiène, il leur a fallu attendre 7 jours avant d'avoir un jour off (aujourd'hui), ils sont épuisés, et surtout, elle ne tolère plus la façon de s'exprimer de Martin, le fermier.
Je la rejoins assez sur ce point.

En attendant le repas, on apprend à se connaitre, Willem s'étant joint à nous, quand une pluie diluvienne s'abat sur la région et oblige tout le monde à rentrer dans la ferme, et à organiser l'espace pour dîner là. 
Personne ne veut s'asseoir à côté du maitre, mais tout le monde fini par trouver un bout de banc, et le bruit des fouchettes ou cuillères dans les gamelles rempli la pièce.

Peu avant l'arrivée du "dessert", Minjee et Martin annonce qu'ils vont répartir les tâches pour le lendemain. 
Je lève alors la main pour prendre la parole, et leur annonce, qu'au vu de l'état physique dans lequel je suis, et la charge de travail, je connais mes limites et sais que je ne tiendrai pas à ce rythme, aussi, je préfère les quitter demain matin

Que n'avais-je pas dit!

Voilà Marin qui passe du rouge au noir en niveau de colère, et...comme à son habitude les insultes pleuvent
Pour résumer poliment ses propos, je ne suis qu'une fille aux moeurs légères, venue ici pour profiter de son hospitalité et ôter le pain de la bouche de sa famille, et que lui qui a survécu 25 hivers dans ce pays de merde est bien placé pour me le dire : je ne connais rien à la vie, il serait temps que je grandisse.

Ce à quoi je lui réponds : Are your serious??
Et je rigole, un peu sous le choc. Les autres volontaires regardent le plafond quand il en remet une couche.
Et je craque. Je suis patiente, et m'énerve peu...mais là, peu être justement à cause de l'épuisement...je lui réponds.
Que niveau hospitalité et nourriture...vu ce que j'ai eu je vois pas bien qui je gène, et que pour ce qui est de la vie, il est gentil mais il ne me connait pas. Et SURTOUT, que bosser des heures ne me gène pas, mais à une seule condition : le RESPECT.

Là-dessus, il s'en prend aux autres et demandent si d'autres veulent partir, c'est le moment de le dire. Et je vois mon couple hispanico-hollandais lever la main, et Willem, stoique, de dire qu'ils sont épuisés aussi, et qu'il avoue avoir atteint les limites des stupid spanish que Martin envoie à sa compagne quand il n'est pas là, et il annonce qu'eux aussi partiront demain.

Sauf que les mauvaises personnes, ça n'aime pas "perdre". Martin nous "invite" à quitter les lieux dès maintenant. Nous avons beau lui rétorquer que nous avons mérité notre nuit pour le travail fourni, il nous assène son poing sur la table et la réponse dans nos visages : My home, my rules. Vous avez dix minutes où je lâche les chiens.

Je lui place gentiment mon cancer dans la gueule en quittant la table, et, à l'encontre des autres volontaires, je jette la problématique suivante : "économiser pour voyager, avoir un toit et un peu de nourriture contre du travail, je l'entends, mais à quel prix? Le respect d'un humain à un autre doit-il êre absent de l'équation?"
Vous avez deux heures...ou tout une vie.

La chance étant de mon côté, je n'ai pas eu le temps de défaire mon sac..donc, je n'ai rien à ranger et je file aider Anna et Willem. Certains volontaires viennent nous dire au revoir, et nous partons sur la piste, rejoints par Erik, suédois, qui a fini ses quinze jours et nous dit qu'il y a un train à 22h50.
Pas le choix, il va falloir courir sur la piste détrempée par la pluie, alors qu'il fait nuit noire et que le vent se lève violement. Nous arrivons en gare en même temps que le train et nous sautons dedans au moment où les premières gouttes de pluie d'un nouveau déluge s'abat sur nous. 
Enervés, flippés, fatigués, nous n'avons aucune idée de l'endroit où nous allons, aussi quand la vendeuse de billet arrive, Erik, qui va à Oulan Bator se débrouille en deux minutes. 
Quant à nous il faut donner un nom de ville. Je dis Darkhan, la seule que je connaisse sur la route. Le couple aussi. Les trente minutes de voyages passent au fil de la rémémoration de cette soirée. Hallucinante.

Darkhan, une minute d'arrêt, nous sautons en embrassant Erik avec la promesse de se revoir à Oulan Bator et nous pénétrons dans les premières rues tristes et mouillés de cette ville, guidés par la meilleure des applis de voyageurs pour trouver des hôtels. (Maps.me pour les novices!)

La présence de Willem, bien que pas épais, fait quand même du bien vu les groupes d'individus chelous et...alcoolisés que nous croisons. 
25 minutes de marche nous conduisent au quartier des "affaires". Trois hôtels, dont un complet, l'autre hors de nos moyens (WTF!!!), et le dernier avec une seule chambre.
Nos arguments devaient être les bons, ou il a eu pitié de nous et de notre état "chien mouillé". Toujours est-il qu'il a accepté de nous laisser la chambre pour nous trois!
Nous y grimpons péniblement, jettons nos sacs, prenons un ticket pour une douche chaude, et savourons notre liberté saine.

2016 07 10 01 00 03 947

Quand la pression est redescendue, nous nous calons sur notre lit double.
Willem, plus heureux des hommes comme il le dit lui-même, au milieu de nous deux.

 

1er jour de pampa mongole.

Jour 52 : 08 Juillet

James dort encore quand je quitte son appartement le plus silencieusement possible.
Je rejoins Hannah à son auberge, d'où elle part récupérer une de ses amies  qui vient la rejoindre pour un circuit en Mongolie.

Le chauffeur/guide est là, et elle lui explique que je vais aller avec eux jusqu'à la bifurcation où nos routes se sépareront. Eux pour le centre, moi pour le nord. 
Nous montons tous dans la petite jeep russe, et nous prennons la route de l'aéroport. Nous y récupérons son amie, et continuons à rouler, doucement, très doucement...jusqu'à l'embranchement indiqué par mon GPS.
Des au-revoir planifiés pour dans quinze jours, des conseils d'attention de soi, et me voilà, enfin seule, le pouce en plein échauffement sur le bas côté frais et humide de la route en direction de Sukhbaataar. Le soleil commence à peine à percer au travers de l'épais nuage de pollution qui recouvre 300 jours par an la capitale mongole et fait apparaitre des pancartes d'un autre temps!

20160708 071450

 

Tout le monde (les bloggeurs, les guides de voyages etc etc) m'avait déconseillé de faire du stop en Mongolie, car IM-PO-SSIBLE.
Comme tu le sais, ce mot n'appartient pas à mon dictionnaire.

Je souris et j'y crois à fond quand la vie me répond : une voiture bien chargée s'arrête, et cette famille sera la première à m'embarquer pour un long voyage. L'un des deux jeunes filles parle quelques mots d'anglais, et nous nous découvrons plus via nos instagrams respectifs.

20160708 110759

Les silences permettent à mon attention de se porter sur ve qui m'entoure : rien.
Des collines verdoyantes, des totems pleins de couleurs, des statues de bouddha par ci, par là, et des chèvres, et des chevaux. Partout.
Un repas avec leurs amis, et ils me déposent au carrefour qui doit me mener vers Orkhon, le village que je dois rejoindre ce soir.

Le temps de me diriger sur la route qui m'intéresse, de marcher quelques mètres et voilà une nouvelle voiture pleine qui m'aborde et me propose de m'emmener au prochain et dernier carrefour. Sauf qu'au fil de la conversation, il ne voit pas du tout quel ranch je dois rejoindre. Je leur donne l'adresse en mongole, et ils m'annoncent à coup de sourires édentés que je ne suis pas du tout au bon endroit. L'Orkhon que je chercher est plus au nord.

Laissée à une station essence, je repars donc en sens inverse, grâce à un petit vieux qui m'amène jusqu'à Darkhan, ville qui ne m'inspire par du tout, et après 6 km en plein soleil, la gorge sèche je vois enfin une voiture miracle qui s'arrête. Le monde est si petit, même au milieu de nulle part, qu'il est ami avec la propriétaire du ranch!
Il me laisse au centre du village et m'indique la route à suivre. Un couple en moto s'arrête et je leur montre la direction conseillée, et leur donne le nom de la personne que je veux rejoindre, afin d'être sure. Ils hochent en coeur de la tête et m'invite à grimper derrière eux.

Dubitative. C'est ce qui me décrit le mieux à ce moment-là. J'ai mon énorme copain le sac sur le dos, 15 kilos à lui tout seul, plus le sac sur ma poitrine, plus mon propre poids...en les regardant, ils doivent faire leurs 90 voir 100 kilos chacun...je ne veux pas faire exploser la moto, je décline l'offre une première fois. Mais ils insistent. Dubitative. Cette fois quand à ma capacité à grimper sur le "porte-bagage". Dans un effort de souplesse (dieu que la chimio m'a rendu raide!) je passe une jambe de l'autre côté et me hisse d'un coup de rein, et les voilà lancés sur une piste boueuse et plus que cabossée. Elle plairait énormément à mes amis qui font du motocross...

D'un coup, le gras de mes fesses ne me semble plus aussi épais!

2016 07 11 23 11 17 389

Un portail en bois, un énorme "paychxla" à mon tandem motorisé, et j'entre dans le ranch. 
Personne.
J'avance jusqu'à une première maison, des gens dorments sur du carrelage.

 

Je ressors et continue, au bout de quelques minutes, je croise une jeune fille, européenne et lui explique ma présence.

Je suis venue faire du volontariat, travailler 15 jours ici, pour économiser d'une part, et, quoi de mieux qu'un mec qui s'y connait en chevaux quand on est à la recherche d'une licorne. S'il y'en a une quelque part, il est peut-être au courant. Elle me guide vers les propriétaires.

L'accueil est glacial. Pas de bonjour, on me demande ce que je veux, ce que je fais là. Ce à quoi je réponds, "on a encore échangé par mail hier soir...". On me demande combien de temps je reste, et l'homme s'énerve me rétorquant que ce n'est pas assez, il faut rester au minimum un mois pour que ça l'intéresse. Je commence à perdre le peu de patience que j'ai face à son attitude et lui rétorque qu'il m'a dit oui hier, que je ne comprends pas ce qui a changé depuis. Sans répondre, il enchaine en me demandant d'où je viens. De Lyon, en France.

"Oh, another stupid fucking frenchie"....charmant.

Sa femme me dit qu'ils n'ont plus de lit. Je vais donc devoir dormir dans la salle des fromages, avec les garçons qui y sont déjà, et elle espère que j'ai un matelas.
J'ai à peine le temps de poser mon sac entre deux nids d'araignée et de m'habituer à l'odeur du fromage qui sèche aux pieds de mes camarades torse-nu dont je retiens en vitesse les prénoms et origines que  me voilà convoquée pour ma première tâche : la cuisine.

Me voilà accompagnée d'Anna, espagnole ici depuis 6 jours, avec aucune idée de ce que nous devons faire. On nous crie "pancakes mongoles et pâtes".
Dubitatives. C'est ce que nous sommes à ce moment-là. La cuisine se compose d'une ger (ce que nous appelons yourte, mais ce mot n'existe pas en Mongolie) dans laquelle il y a de quoi faire un feu, et une énorme marmite. Et c'est tout. Et il y a 34 bénévoles, et les 4 personnes du ranch...

Nous faisons de notre mieux, mais bien sûr nous sommes en retard, tout le monde à faim, et les regards des travailleurs un peu tendus me couperaient presque l'appétit. Personne ne parle pendant le repas, alors que je suis pleine de question. Je mets ça sur le compte de la fatigue et me dit que je communiquerai plus tard. A la fin du repas, répartition des tâches, et il semble que je sois toute désignée, en temps que dernière arrivée pour accompagner Minjée, la femme du propriétaire à la Summer Ger (la yourte d'été) pour traire les vaches demain matin.

Mon duvet sous le bras, un aérosol antimoustique offert par une des volontaires discrètement, et de l'eau, et nous voilà partis dans la nuit. Nous arrivons à la yourte à 23h45, et nous nous couchons dans le noir complet assez rapidement.

 

Temple inondé et Nadam fraudé!

Jour 51 : Jeudi 07 Juillet

Un nouveau réveil matinal de programmé, car nous voulons voir les cérémonies du temple de Gandantegchinlin
La pluie a décidé d'être de la partie...nos tongs font la gueule mais tant pis, nous rejoignons la banlieue, glissons dans la gadoue, et pataugeons joyeusement dans les énormes flaques à l'entrée après plusieurs tentatives pour les enjamber.

La cérémonie commence quelques minutes plus tard, et nous nous calons dans un coin pour laisser la places au mélopées des moines.

2016 07 07 11 04 35 961

Nous visitons ensuite le complexe bouddhiste, avec son école, ses écuries et rions gentimment de voir certains moins peu motivés par la procession à cheval au vu du temps...

Img 20160707 205030

 

Après un déjeuner léger, le soleil repointe le bout de son nez. Nous décidons de rejoindre le stade où, d'après un site internet, doivent avoir lieu les premières compétitions de tir à l'arc.

Parce que si la ville s'agite ces derniers jours, c'est pour le Nadaam, les fêtes nationales, où s'affrontent lutteurs, archers, et cavaliers pendant quelques jours.
Quand nous arrivons, impossible de rentrer...apparement le site s'est trompé, là, ce sont les répétitions pour le grand spectacle d'ouverture de demain.
Nous en sommes à nous dire flute, quand un homme nous invite à approcher, et nous permet de nous glisser à l'intérieur en passant par le chantier dont il s'occupe.
Le spectacle va retracer l'histoire de la Mongolien et entre les 500 figurants, les chevaux, les chameaux, les danses et la musique, on regretterait presque de ne pas être là demain...

20160707 163329

Mais non...des milliers de touristes, des millions de mongoles...laissez-moi fuir dans la pampa!!

Je retrouve James avec qui je passe ma dernière soirée végétale, et je me couche tôt pour avoir le plus de repos possible.
Echec, je ne dormirai presque pas...demain j'attaque le stop dans ce pays.

Demain je vais chercher ma licorne.

Oulan bator discover!

Jour 50 : Mercredi 06 juillet

Une bonne grasse matinée, voilà ce dont j'avais besoin. 
Puis je rejoins Hannah, qui s'occupe de trouver un guide et un chauffeur pour son tour de la Mongolie du Centre. 
On visite...le seul truc à visiter : la place de la République, avec l'énooorme statue de Gengis Khan.

2016 07 06 14 12 19 538

Soyons honnête, Oulan Bator, UB pour être in (à l'anglaise hein : youbi), n'a pas d'intérêt. 
A moins de vouloir réserver un tour, ou acheter des légumes - en s'étranglant quand on voit 8 dollars le kilo de pommes - il y a peu à faire ou à visiter.

On marche beaucoup pour pas grand chose, on mange coréen, on admire les mélanges architecturaux, je repère l'ambassade russe et je retourne passer la soirée avec James pour un nouvel atelier cuisine vegan.

2016 07 06 14 18 32 196

Imagine...in UB

Jour 49 : Mardi 09 Juillet

Une bonne nuit blanche, ponctuée par un peu d'action lorsqu'on nous annonce avec Hannah qu'il y a eu un surbooking...pas de bol, nous avons pu embarqué et loupé l'hôtel de luxe et les 400 euros. Tant pis. L'avion de Turkish Airlines (oui...dire qu'il me faut ce non-visa chinois pour voler avec eux pour la première fois...) s'envole et je n'arrive pas à m'endormir. L'excitation à l'idée de mettre d'atteindre mon 3ème et ultime objectif...et puis merde quoi, le pays des licornes!!!, ajouté à la vue époustouflante du jour qui se lève sur les montagnes du Tian Shan...

Img 20160705 150509
Un jour je fermerai les yeux. Mais pas aujourd'hui.

Aujourd'hui, je débarque avec Hannah à l'aéroport Chinggis Khaan, à quelques kilomètres d'Oulan Bator. 
Je pleure un peu. Puis nous fuyons les chauffeurs-arnaqueurs de taxi pour attraper le bus  sur l'avenue d'en face (25cts...contre 40 euros...mec, t'es sérieux?) et débarquons sur la place principale.

Nous déambulons jusqu'à son auberge, et tombons sur un monument à la mémoire des Beatles (oui ils ont fait une énorme tournée dans l'Asie Centrale, tu le savais?).

2016 07 05 13 52 03 814

Imagine.

Oui, imagine.
Imagine, sans limites.
Et tu peux même le rendre réel.
Ca ne dépend que de toi...


James, mon hôte couchsurfing m'accueille, et après un atelier cuisine très rigolo, je m'éffondre littéralement dans le canapé.

Osh Market - Diner d'expatriés.

Jour 48 : Lundi 04 Juillet

Hier soir, j'ai rencontré Hannah, allemande en balade pendant quelques mois. Ce matin, nous décidons d'aller faire un peu de shopping au marché d'Osh, le plus haut en couleur de la capitale.

J'adore l'ambiance des souks et autre marchés : c'est le bordel! Des milliers de couleurs, de senteurs, d'odeurs. Des gens qui parlent, qui hèlent, qui négocient. Des choses utiles, d'autres improbables. 

La vie quoi!

Et celui-ci ne me décoit pas.

2016 07 04 17 57 23 248
On goute des tas de choses dont on ne sait ni le nom, ni de quoi c'est composé...sauf les grosses saucisses...De cheval :)
(et si en fait c'etait des saucisses de licorne????!!!)

2016 07 04 17 55 36 753

Mais, surtout, surtout, on n'oublie pas de manger des fruits et des légumes! Bien meilleurs à la santé!

2016 07 04 15 18 27 042

Et puis après avoir découvert que nous allions prendre le même avion pour la mongolie, nous allons diner avec tout un groupe d'expatriés à l'Obama Café...(ça va être quoi après novembre!!!?).

La soirée avance, notre taxi arrive à 1h, avec à son bord, une jeune grenobloise qui part rejoindre l'Inde avec son vélo.

Une petite bière à l'aéroport en attendant l'enregistrement.

20160705 020829 01
Il est temps de rejoindre le pays des licornes!!!